La Ographie des Sens


La perception de l'espace passe par ce que nos capteurs reçoivent, et par ce que notre cerveau interprête sciemment ou inconsciemment des signaux qu'ils lui envoient. La perception de l'espace parvient jusqu'à notre cerveau grâce aux sens.

On parle beaucoup des cinq sens, tout autour de nous. En effet, nous avons, pour le moment, réussi à identifier clairement et à comprendre en détails les mécanismes de cinq capteurs dans le corps humain.

Or, on sait que certains autres animaux utilisent des capteurs totalement différents, notamment les chauve-souris qui utilisent une sorte de SONAR (ultra sons), qui remplace la vision de nuit, et de nombreux insectes, comme les fascinantes abeilles, se repèrent en 3D mieux que n'importe quel système inertiel embarqué dans le prototype d'avion le plus performant d'aujourd'hui. Elles ont en permanence le sens de l'orientation (cap), et le sens de l'horizontalité (roulis et tangage).

Par ailleurs, on parle beaucoup du sixième sens, et certaines théories vont jusqu'à dénombrer douze sens chez un humain totalement valide (théorie de Steiner par exemple).
Voici donc la liste des sens qui nous intéressent dans le problématique de la Géantropie:

La géographie des sens se donne pour mission d'étudier le territoire en s'appuyant sur la façon dont il est perçu par nos sens, de manière à proposer une description du territoire complémentaire à ce qui existe déjà via la géographie traditionnelle, descriptive, objective, exhaustive, mais finalement hors de la vie elle-même. Pendant que la géographie classique continuera à décrire des autoroutes, des frontières, des ressources minières, des flux de populations ou de capitaux, à analyser les dynamiques démographiques ou agricoles des pays, à décrire des réseaux d'assainissement à l'aide

de bases de données, ce qui est bien sūr très utile, la géographie des sens décrira des impressions, des sensations procurées à un instant donné dans les lieux visités par ceux qui les visitent. Les supports de stockage de ces informations ne seront pas nécessairement des cartes, des manuels scolaires ou des bases de données. La géographie des sens, en tant que branche fondamentale de la géantropie, se propose de transmettre au public les résultats de ses recherches via des supports plus éphémères, plus artistiques (disons plus littéraires), dans la mesure du possible, de façon à conserver le plus possible l'esprit de subjectivité revendiqué et assumé par la géantropie.

Le but est de parvenir, au moyen de l'autre branche importante de la géantropie qu'est la représentation spatiale, à retranscrire les sensations perçues le plus fidèlement possible. Cela est impossible au moyen d'une simple carte ou d'une froide base de données. Les sensations conservent toute leur portée si elles sont transmises par des voies émotionnelles. La géantropie représente, elle ne reproduit pas le terrain. Comment mieux reproduire une intuition ou une émotion sentie en un endroit donné qu'en la dépeignant telle qu'on la sentie, via un texte, une photographie émouvante, une illustration, ou une peinture, c'est à dire en la représentant?

Concrètement, l'association se propose d'explorer des lieux, du 15ème arrondissement de Paris à la Patagonie, sans aucun discrimination préconçue, avec un regard plus porté sur les sensations perçues que sur une froide campagne de mesures topographiques et statistiques.

Sur place, le but est de vivre l'espace, d'échanger, de partager, avec les populations locales. Comprendre les populations rencontrées, comprendre comment elles perçoivent leur propre espace, comment elles le vivent, qu'est ce qui va faire que certains lieux seront agréables, d'autres désagréables, alors même que la géographie traditionnelle, avec des critères classiques d'analyse sociologique de l'espace, ne l'aurait pas prédit.

Exemple de géographie des sens (récit de voyage, à bord du Transsibérien)



Un travail de recherche sur l'espace sacré en ville (Mémoire de Licence, B. Frund, Université de Lausanne)

Poésie peignant une sensation dans un lieu mystique