En direct d' Amérique Latine

Cette page présente le récit du voyage d'un géantrope en Amérique Latine. Ce voyageur fait son possible pour donner des nouvelles aussi régulièrement que possible, avec le moins de fautes d'orthographe possible, mais pardonez lui son irrégularité, les fautes, et le manque d'accents (claviers américains), les conditions ne sont pas toujours des plus favorables.

Bonne lecture!

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liste de tous les diaporamas du voyage

ARCHIVES:


  • 11/05/2005

    Arrivée à Tucumán

    Note écrite le 10 mai.

    Pour que la compréhension de ce qui va suivre soit plus claire, je précise que je suis dans le Nord Ouest Argentin depuis six semaines, dans la ville de Tucumán, oú je me pause enfin. Je fais parfois des escapades d'un ou plusieurs jours autour de ce lieu de production de canne à sucre et d'agrumes.


  • 04/05/2005

    les itinéraires dans les villes en damier

    Une ville en damier présente certaines particularités concernant le choix d'un itinéraire pour se déplacer d'un point à un autre, auxquelles nous ne sommes pas habitués en Europe.

    Je m'en tiendrai uniquement aux itinéraires à pieds. En Europe, le premier critère est bien évidemment le plus souvent la distance, et dans la majorité des cas pour des raisons de temps, car à pieds, le rapport entre le temps de parcours et la distance ne dépend que très peu du chemin choisi, ce qui est très différent en véhicule motorisé, deux roues mis à part (zones de fort trafic, feux rouges, sens interdits, etc...).

    Ici, dans une ville comme Tucumán, le damier est absolument régulier et complet, c'est à dire qu'il n'y a pas d'endroits qui ne soient pas en damier, et le damier est composé de blocs parfaitement carrés et de même taille (165 pas environs, à un rythme raisonable, à jeun). C'est une ville carrée, ce qui correspond d'ailleurs assez à sa société. Mais ne nous égarons pas. Ou plutôt, voyons comment s'égarer intelligemment.

    Je suis en A. Je veux aller en B, situé à sept blocs plus au sud et trois blocs plus à l'ouest. Comme la distance est exactement la même si je fais n'importe quel parcours sans retour et inclu dans le rectangle défini par les deux points A et B, je dois me baser sur un autre critère que le chemin le plus court pour choisir mon itinéraire, même si, fait rare ici, je suis pressé.

    De quels critères disposons nous alors?

    C'est là que les choses deviennent très intéressantes. Une fois affranchi des contraintes de vitesse, d'optimisation, que la géantropie désapprouve, nous pouvons enfin laisser libre cours à l'imagination, et inventer n'importe quel critère. En voici une liste, évidemment non exhaustive:
    - densité de piétons
    - qualité du pavage
    - esthétique des édifices (rare ici...)
    - boutiques (si ouvertes, car ici, la sièste dure de 13h à 17h)
    - soleil / ombre en fonction de la hauteur des édifices du côté obscur
    - rue piétonne / rue ouverte à la circulation automobile
    - trajet d'un bus donné pour tenter d'en attraper un
    - densité de circulation automobile (si rue non piétonne)
    - espaces verts pour couper en diagonale (aaarch! Optimizacion! Quand tu nous tiens!) et profiter d'un semblant de verdure
    - densité de filles
    - densité de jolies filles
    - densité de très jolies filles
    - chances de voir un colibri (très rare ici...)
    - qualité / horaires d'ouvertures des boulangeries
    - chances de ne pas voir une R12 (presqu'impossible, et presqu'indépendant du chemin choisi, mais bon...)
    - une couleur (il y a des quartiers gris, des quartiers un peu plus blancs, des quartiers oú le jaune domine, des quartiers franchements gris-noir). Je parle de la couleur des murs extérieurs
    - quantité moyenne de fenêtre par édifice
    - pseudo-aléatoire
    - odeurs

    Bref, on peu développer à l'infini, en fonction de l'humeur du moment. Dans le cas de mon trajet entre A et B, il y a un nombre déjà impressionnant de trajets possibles. Un rapide calcul de suites mathématiques à deux paramètres définies par la relation de réccurence u(n,m)=u(n-1, m)+u(n,m-1) permet d'affirmer que dans ce cas précis, on a 120 parcours possibles (pour une démonstration complète, nous contacter par mail, 2€) qui soient "le plus court". Il est donc heureux de trouver des critères en grand nombre pour choisir chaque jour un trajet différent.

    Maintenant, il ne reste plus qu'à appliquer ce genre de conduite dans les villes complexes et chargées d'histoires de l'Ancien Monde, et arrêter de se dépécher. Ces villes en damier m'ont appris à ne plus optimiser mes trajectoires au sens habituel du terme (optimiser le temps).

    Prenons le temps de vivre l'espace!


  • 09/05/2005

    Une escapade à biciclette

    Javier est un ami de Paulina. Aventurier qui ne fait pas exprès d'avoir une barbe et poête timide et doué, il vit encore chez ses parents, a fini ses études de psycho (comme tous ici), et cherche mollement une activité. Javier n'en est pas à son premier tour en vélo, il a une longue pratique du voyage "à roues, libre" à travers l'Argentine et le Chili .

    ACTE 1:la rencontre
    Lorsque Paulina me le présente, en mi-avril, dans le bar de l'Alliance Française, il me parle presque d'emblée du tour qu'il compte organiser dans les prochains jours. Il s'agit d'un itinéraire étalé sur trois jours, d'environ 150 km à travers le désert et les montagnes, derrière la précordillière qui pousse à l'ouest de Tucumán. Il me propose de venir avec lui, tous les deux. Il peut me prêter un vélo, trouver une tente, et pour les sacoches, il a sa technique. J'accèpte avec plaisir. Plaisir de se laisser guider, pour une fois, moi qui toujours prends les choses en main. Il sera le "chef" incontesté de cette sortie, je ne le discute pas. Nous prévoyons de faire une première sortie d'une journée dans les montagnes situées derrière Tucumán, pour s'évaluer (m'évaluer) et s'entrainer.



    ACTE 2:une ballade d'initiation
    La sortie à la journée se transforme en promenade très tranquille car Paulina décide de nous accompagner. Nous nous adaptons à sa forme physique. Et la sortie est bien agréable. Nous en profitons pour passer à l'aéroclub pour nous renseigner sur les vols. Je ferai un vol pour pas cher dans les jours qui suivront, mais ceci sera une autre histoire. Nous rentrons de jours, et mangeons une glace. Ici les glaces font partie de la fierté du pays. Et elles sont effectivement souvent bonnes.

    ACTE 3:Préparation du tour.
    Les jours qui précèdent le départ, nous achetons quelques équipements manquants. J'achète notamment un matelas mousse. Javier a trouvé une tente, deux vélos, a acheté un réchaud, un porte bagages pour mettre sur le vélo qui n'en avait pas, de l'huile. Le reste, nous l'avons. Le soir, nous nous retrouvons chez les parents de sa copine, et y sommes reçus avec force viandes. Comme toujours. D'ailleurs, à l'heure oú j'écris ces lignes, je reviens d'un autre asado (grillade), oú nous avons passés toute l'après midi dans une maison de campagne géante, dans les champs de plantations de canne à sucre (spécialité du coin), à manger de la viande, à boire, à manger de la viande et de la viande, à danser la chacarera, à manger des gâteaux, à boire et à danser le pericon. Je parlerai des danses du nord ouest argentin dans un autre message, ne mélangeons pas tout. Nous vérifions les vélos, vérifions que tout le chargement s'y accroche, avec la méthode Javier qui consiste à ficeler les sac à dos sur le porte bagages à l'arrière du véhicule. Il s'est chargé des achats de la nourriture. A une heure et demie, nous ne sommes pas encore couchés, mais fatigués et nous savons que nous devrons nous lever à cinq heures pour prendre un bus qui nous laissera à cinq heures de Tucumán (juste à côté, quoi...). J'ai une sorte de flash. Je suis chez I. et M. à Chambéry. On est vendredi soir. Je viens d'arriver par le TGV de 22h43, M. est venu me chercher avec la Twingo. I. a préparé un dîner énergétique. Nous parlons de l'itinéraire, des conditions d'enneigement, et des dernières nouvelles passées depuis notre dernière rencontre. Je suis fatigué par ma semaine de travail. Nous mangeons, la carte IGN top 25 de la Haute-Maurienne sur la table, envahie de tâches de sauce tomate et de miettes. Dans la pièce, tout le matériel s'étale sans complexe partout oú il peut. C'est que I. et M. ne sont pas des maniaques du rangement. Nous avalons beaucoup et rapidement. Pas de vin, exceptionnellement. Il est tard, et nous devrons nous lever à cinq heures. I est déjà couchée, elle travaille demain. M et moi vérifions les crampons, les réglons, ainsi que les fixations des skis, collons les peaux sous les skis pour gagner du temps demain, vérifions tout le matériel de sécurité (arvas, pelles, sondes, cordes, cordellettes, beaudriers, descendeurs, broches...) et faisons rapidement les sacs. Une dernière check sur le site montagne de météo France, niveau 2 sur tous les massifs et grand beau annoncé jusqu'à dimanche. Quelle chance. Il est presque deux heures lorsque nous nous couchons, exités, crevés, et anxieux de ne dormir que si peu.

    ACTE 4:Premier jour, à un cheveux d'abandonner
    Il est cinq heures et demie. Javier me réveille. J'ai du mal à sortir du rêve dans lequel j'étais. Nous ne prenons pas de petit déjeuner. Nous sortons rapidement vers le terminal. Il fait nuit et froid. Je suis transi de fatigue, de sommeil et j'ai froid. Je pédale plus vite pour me réchauffer et j'obtiens l'effet contraire à cause du vent relatif produit. Cependant, nous arrivons rapidement au terminal. Achat des billets, déchargement des vélos, démontage des roues. Nous montons dans le bus et je donne ma première leçon de russe à Javier. Les premières lettres de l'alphabet et quelques mots. Mais bon, le sommeil reprend le dessus, nous dormons jusqu'à Santa Maria, point de départ de notre tour. Nous y arrivons vers onze heures. Remontage des roues, ficelage sévère des sacs et de la tente sur les vélos. Nous partons. Nous pédalons toute la journée. D'abord 40 km de route, sans difficultés. Puis une grosse vingtaine de kilomètres sur un chemin pierreux, en pente, et en plein désert. Nous n'avons que 4 litres d'eau jusqu'à la mîne de je ne sais quelle pierres semies-précieuses qui se trouve au milieu du trajet, à laquelle nous espérons arriver le lendemain en début d'après midi. C'est très peu, en vélo dans le désert. Cette idée ne nous enchante que moyennement. Vers la fin de la journée, le vent forcit, et est évidemment contraire. Nous avançons très lentement. Un terrible coup de fatigue m'assaille sans prévenir. Je ne peux pas aller plus loin. Javier n'en mène pas large non plus. Nous plantons la tente à l'écart de la piste. Javier monte la tente en soufflant pendant que je ramasse du bois en soufflant. Je me sens mal. J'ai des frissons, et j'ai envie de vomir. Je ne comprends pas. J'essaye de ne pas tenir compte de ces caprices de mon corps qui ne m'a que très rarement fait défaut durant ce voyage. Mais ça ne passe pas. Javier allume le feu, pendant que j'installe les matelas dans la tente. Ca ne passe pas. Javier prépare un chocolat chaud au coucher du soleil, en attendant qu'on fasse le dîner. Le chocolat me fait du bien, mais je n'ai pas la force d'attendre le dîner, et Javier de le faire. Nous nous couchons comme les poules.

    La suite serait déléctable, malheureusement je ne peux pas la dire et c'est regrettable, ça vous aurait fait rire un peu. Car le Serge au moment suprême, n'a pas eu le temps d'ouvrir la tente, et on n'avait pas d'eau pour nettoyer. Javier a eu l'insigne honneur de partager le plus mauvais moment de mon voyage. Je ne m'étalerai pas ici. Horrible. Je ne souhaite à personne ce qui m'est arrivé. Mon duvet est désormais insortable de son sac, tant que je ne trouve pas une laverie sérieuse pour le faire laver à sec. que s'est-il passé? Insolation sérieuse. J'avais prêté mon chapeau à Javier et ne m'étais couvert la tête qu'avec une sorte de bandeau. A celà s'ajoutent les courtes nuits précédentes, le saut du petit déjeuner, et la déshydratation. Ca n'a fait ni une ni deux. Après, je me sens mieux, si on peut dire, même si mon duvet et mon matelas sont trempés, et même s'il fait froid, ce qui nous empêche d'ouvrir la tente pour diminuer un tout petit peu l'insuportable odeur. Javier ne rit plus beaucoup, et moi, je suis tout au fond. Minable. Je dis que demain, on rentre, je n'ai plus d'affaires propres, et on n'a plus de pq, et on n'a plus beaucoup d'eau, et je suis mal en point. Javier répond qu'on verra bien demain. Sur ce, je passe une mauvaise nuit, inutile de le dire. Javier parvient à dormir un peu malgré l'odeur.

    ACTE 5:Deuxième jour, la ressurection
    Le lendemain, par miracle, je suis en pleine forme. Je m'étonnerai toujours de ma capacité de récupération. En effet, ce genre de remontée de forme n'est pas la première, je me souviens d'autres moments de régénération très rapide en milieu hostile. Je brûle un tee-shirt qui a servi de serpillière improvisée. Pendant que les flammes sen donnent à couer joie sur ce tee-shirt organique, je récite dans ma tête une chanson en son honneur. Depuis le Guatémala, il m'a rendu de bons et loyaux services, et est mort au-delà de l'exercice de ses fonctions. Nous avons partagé de nombreux treks ensemble. Vie courte mais dévouée, et intense. Javier et moi replions tout le matériel et repartons, confiants. Et effectivement, nous croisons au bout de quelques kilomètres un limpide ruisseau qui vient bien à point. Je lave certaines choses touchées par les impacts, nous buvons beaucoup, faisons le plein et nous lavons, surtout moi. Nous repartons. Les paysages désertiques sont magnifiques et grandioses. A perte de vue, des montagnes enneigée, des arbustes décharnés et des cactus. Plus loin, nous passons par une ferme au bord d'un torrent. Il y a même de hauts arbres. Dans la ferme, il y a du monde. Dans chaque arbre, des tiers de vache ou des demies vaches sont accrochées aux branches pour sêcher et pour que les chiens n'y touchent pas. Ces tableaux sanguinolents et surréalistes donnent une caractéristique inquiétante et Baconienne à ce lieu. Il n'y a pas beaucoup de mouches. C'est bien une preuve définitive que l'hiver est désormais proche. Nous pique-niquons en contrebas, près du torrent.

    L'après midi est une côte. Hardue, longue et en plein soleil. Car nous laissons le désert plat et nous engageons dans les montagnes arrides. Il y a un col à presque 3000 m à passer. La mîne devrait se trouver à ce niveau là. Nous arrivons lorsque le soleil est déjà bas. La mîne est environ à 2800 m, soit 200 m avant le col. Nous nous renseignons auprès d'un camion oú trouver de l'eau. Le camion nous propose de nous faire passer le col et de nous amener derrière, à dix kilomètres de l'autre côté du col, dans une maison à côté de laquelle nous pourrons camper. Excellent. Nous chargeons nos lourdes montures dans la remorque, et nous nous y installons tant bien que mal. Ainsi, nous trichons et ne terminons pas la montée. Je précise que nous avions déjà plus de 1000 m de dénivellé dans les pattes, sur deux jours, ce qui, en vélo, pour un débutant comme moi, est suffisant. Le lieu oú il nous laisse est magnifique. Une maison isolée dans la montagne, avec les chèvres et les broussailles. La Corse arrive en force dans ma mémoire. Nous plantons la tente (qui reste ouverte le plus longtemps possible, merci), faisons un feu, préparons cette fois un vrai repas, et nous ne faisons pas de vieux os. Nous attendons juste que tous les feux de la voûte céleste s'allume. Le ciel nocturne nous donne un spectacle absolument magnifique. La voie lactée est mieux visible depuis l'hémisphère austral, c'est un fait. J'apprends petit à petit à me familiariser avec les nouvelles étoiles. Puis nous nous couchons rapidement.

    ACTE 6:Troisième jour, une descente inoubliable
    Ce matin, nous ne mettons pas moins de temps à nous préparer. Environ deux heures. Au programme d'aujourd'hui: de la descente, et que de la descente. 40 km de descente par la piste sinueuse à travers des paysages montagneux réellement magnifiques. Vérification du chargement, plus solidement arrimé que d'habitude, vérification des pneus et des freins. Nous remplissons les bouteilles d'eau dans la maison, disons au revoir et nous nous lancons. La magie des descentes opère une fois encore. Descente en skis d'un couloir à 45 degrés, les trippes nouées par la peur, descente d'une belle piste damée, sur une valse de Strauss, approche d'un nouveau terrain, la piste en trapèze là-bas devant, entre les montagnes ou les lumières de la ville, descente en vélo d'une piste pierreuse et sablonneuse à travers deux ou trois étages de végétation... concentrons nous sur le chemin. Je descends à 80% de mes possibilités, de même qu'on skie sur un glacier à 80% de ses possibilités, pour garder une réserve en cas de crevasse. Ici, pour ne pas aller trop vite et pour gérer les endroits oú le chemin se fait violent. De plus nous sommes chargés et circulons sur une voie de troisième catégorie. En trois heures de descente, nous croiserons deux véhicules. La végétation commence par nous donner une vue de la Corse. Maqui vert-jaune, reliefs à perte de vue, la plaine tout en bas au loin, tellement bleue qu'on dirait la Grande Bleue. Les sommets les plus hauts sont drappés de leurs plus belles neiges. Après une heure de descente, les cactus et les feuillus remplacent les arbustes à la fois chétifs et touffus. Des arbres de petite taille, de toutes les formes offrent de nouveau à mes yeux éblouis et humides à cause du vent un spéctacle de l'imagination et de l'harmonie que peut avoir souvent Dame Nature. Fortes odeurs sucrées et poivrées d'amandes. Les cactus sont très hauts, les arbres sont en fleur. Bien que toujours plus bas, et toujours plus près de midi, les passages à l'ombre des falaises sont des moments désagréables. Or, hors de question de mettre une chemise, car au soleil, ce serait invivable. Le trosième étage de végétation, atteint vers la fin, est composé d'arbres plus hauts, plus majestueux, et aux feuilles parfois jaunies par l'automne, dont des oliviers et des platanes! C'est également magnifique. Et dépaysant d'être repaysé. La Méditerrannée est décidément bien présente dans cette région. Une sorte de Corse ou de Grèce en avril, avec la neige au loin, sur les sommets. Le climat dans cette région sèche et productive d'olives est très proche du climat méditérrannéen.

    Nous sommes tristes lorsque notre descente s'achève, en arrivant à Andalgala, point final de notre périple, vers une heure de l'après midi. C'est une sympatique bourgade dont la place centrale est en tous points semblable à une place de village de Provence, joueurs de boules et buveurs de pastis exceptés. Les platanes, l'ambiance, les terrasses de cafés, les voitures qui circulent à même la place, les mobilettes pétaradantes...

    C'est sur cette note provencale que je termine ce récit, en laissant, comme toujours, la parole aux images


  • 20/05/2005

    Nouveau: liste de tous les diaporamas

    Maintenant, il est possible d'accéder à la liste de tous les diaporamas du voyage.
    Cette liste permet de voir toutes les photos en ligne sur ce site jusqu'à ce jour.
    On peut y accéder par un lien en bas de chaque page (récit en cours et archives de chaque pays).


  • 28/05/2005

    C'est une maison blanche

    Javier n'est pas seulement cet aventurier à la barbe et au regard lointain que je vous ai présenté. C'est aussi un poète. Entre autres. Le monsieur a plusieurs casquettes. Celle du poète lui va comme un gant (ou comme une casquette). A Tucumán, pour le 1er mai, a eu lieu un festival de literrature, "El primero Mayo de las Lettras". Et Javier a eu l'honneur de lire certains de ses poèmes devant plusieurs centaines de personnes, dont certains grands nom de la poésie argentine. Ce soir là, je fus nommé photographe officiel de l'évènement par sa famille. De force. Mais je n'ai pas protesté, et me suis exécuté, tant bien que mal, avec mon appareil photo qui n'a rien de celui d'un professionnel, c'est normal, je ne suis pas professionnel. Ce qui est certain, c'est que, d'une part, je me suis fait franchement remarqué par toute la salle, photografiant sous toutes ses coutures le poète barbu, de la gauche, à la droite oblique, en passant pas de face, d'en dessous, avec flash, sans flash... Il s'en est fallu de peu que je ne grimpe comme spiderman au plafond et que je ne fasse une vue de dessus de la scène. Mais je me suis finalement abstenu, j'avais oublié le matériel d'escalade à Paris. De toute façon, on me l'aurait volé, tout comme on m'a volé cinq fois dans ce voyage (80 pesos mexicains au Mexique, mes chaussures neuves de montagne au Pérou, ma mascotte au Pérou, 100 pésos argentins à Tucumán, et mon GPS, nouveauté du mois, à Tucumán aussi, passons).

    D'autre part, je n'a rien écouté à ce que Javier lisait, trop concentré que j'étais pour lui tirer le portrait de partout. Quel dommage. Il fut applaudi comme il se doit à la fin de sa prestation. Et moi, je suis retourné m'assoir, la mienne étant terminée du même coup.

    L'histoire pourrait en rester là. Mais il n'en est rien. Quelques jours plus tard, j'avais rendez-vous sur la place centrale de Tucumán avec Paulina. Pour une fois, elle est arrivé après moi. Le temps intermédiaire a permis de rencontrer Ines, une amie poète de Javier, qui m'interpella, et me demanda si j'étais cet ami de Javier qui avait fait les photos le jour de sa lecture. Comme quoi... je m'étais vraiment fait remarquer. Nous avons commencé à discuter, et je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais dans les minutes qui ont suivi, nous avons commencé à parler en russe. Je n'ai pas eu le temps de comprendre. Ensuite, Paulina est arrivé, Ines m'a parlé encore de ses six perroquets géants, qu'il fallait que je vienne les voir un jour avec Javier, et qu'il y avait ce soir un concert de musique colombienne dans un bar juste à côté qu'elle nous conseillait vivement. Lorsque je me suis retrouvé seul avec Paulina, j'avais la tête constellée d'étoiles (du Kremlin ou de contes russes), et ressentais une vague de bonnes ondes que cette femme énergique, distinguée et chaleureuse de 55 ans environ m'avait passées.

    Et c'est ainsi que Javier, sa copine Josefina et moi sommes invités à venir visiter la maison d'Ines.

    C'est un dimanche après midi. Il fait très beau, nous sommes en milieu d'après midi. Javier gare sa voiture en face du portail, dans une rue peu fréquentée du nord de la ville. Le portail donne sur un jardin un peu extravagant, très vert et très fleuri. Au fond, on devine l'architecture compliquée d'une maison blanche. Javier actionne une corde, qui fait sonner une cloche tout au fond. Ines vient nous ouvrir. Elle porte des lunettes de soleil de star, et ses cheveux sont aussi blancs que les parties des murs que la végétation ne dissimule pas d'ici. Elle arbore un immense sourire, et me salue. "Zdrastwuistie!" dit-elle dans un russe impeccable. Nous entrons. Nous passons sur le côté d'une partie de sa maison, et sous une autre partie. Elle nous conduit au fond du jardin, de l'autre côté. Au milieu de cette seconde partie du jardin, se trouve une vollière de taille raisonable. Dans la vollière, il y a six perroquets multicolores et de taille impressionnante, d'une beauté à couper le souffle. Chacun a un nom russe. Ils sont tous jeunes. Les plus vieux doivent avoir à peine vingt ans, et leurs enfants ont un an. Nous restons un long moment à discuter d'eux. Malheureusement, ils ne parlent ni espagnol, ni russe, ni portugais, ni français. Rien. Pas même anglais ou guarani. Leur seul langage est le perroquet, et Ines se plait à dire que c'est elle qui va progressivement se mettre à parler leur langue.

    Le jardin est compliqué. Il y a de toutes parts des plantes des plus rares, des fleurs magnifiques, des cailloux énormes qui sont en vérité des pierres semi-précieuses, des crystaux, ou des outils antiques en pierres, datant d'avant l'arrivée des blancs. Il y a des pots de fleurs suspendus, desquels sortent des cactus hallucinés, et sur lesquels sont posés d'autres cailloux, d'autres pierres rares.

    Ines nous fait ensuite rentrer à l'intérieur de sa maison. Le jardin n'était qu'un avant goût de ce que nous allions découvrir à l'intérieur. Dès l'entrée, ce ne sont que surprises. La maison est petite, mais d'une richesse et d'une simplicité extraordinaire. C'est un ancien garage, refait sur mesure pour Ines. Au début, ce ne devait être qu'une annexe à sa maison située de l'autre côté de la rue, un peu plus loin. elle avait conçu l'espace pour son travail de poète: un endroit calme, agréable et nu, pour écrire, et méditer. Finalement, l'histoire a fait que ce lieu est devenu plus que son atelier, c'est devenu sa nouvelle maison. Elle a fait agrandir par une pièce cubique sur pilotis au dessus de la première partie, légèrement décalée. La forme totale est complexe, même si l'angles droits reste maître, et entoure un arbre centenaire et immense, qui, de fait, se retrouve presque au milieu de la maison. Dans la pièce initiale, très haute de plafond, les étagères sont faites dans le mur, directement. Un escalier raide accède à une sorte de mezzanine, d'où l'on peut ensuite passer dans l'autre pièce, celle qui est sur pilotis. Sous la mezzanine, un coin cuisine très agréablement aménagé rajoute beaucoup de charme à l'ensemble. Le tout est ameublé avec beaucoup de goût. Au niveau de la cuisine, une collection de magnifiques cloches de toutes les tailles et de tous les alliages sort d'on ne sait où. Dans la pièce principale, des étagères de toutes parts exhibent des livres. Et lorsqu'on s'approche, on remarque que la majorité des livres sont en russe. Il y a de tout. De la grammaire espagnole pour le russe moyen, à des recueils de poésies ou de nouvelles. Les grands auteurs russes sont tous là. Gogol, principalement, qu'Ines vénère par dessus tout. Je précise qu'Ines est argentine. Mais passionnée depuis toujours par la Russie. Elle a appris le russe ici, à tucumán, d'une amie professeur de russe, celle qui lui a donné (ou légué?) les papugai (perroquets). Entre les livres, il y a des choses. Entre les choses, d'autres choses. Cela aussi est typiquement russe. Des tonnes d'objets se chevauchent les uns les autres sur les étagères, à tel point que l'on n'y comprend plus rien. Et partout, encore et toujours, des cailloux, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Ou bien, ici ou là, une carte postale de Saint Petersbourg, un tableau de Chagal, un jouet en bois typique des marchés de souvenirs russes, un petit personnage en porcelaine, ou un objet insolite, voir posé non identifié (OPNI). Tout est beau, mais il y a trop de choses! On ne voit plus rien.

    Nous nous asseyons. Ines nous raconte plein de passages de sa vie liés à la Russie et à la culture russe. Elle se lève d'un bon, et nous propose une vodka... polonaise, mais c'est encore mieux. Zubrowka. Evidemment. Mais apportée directement de là-bas par un ami à elle. Ici, on n'en trouve pas. Elle l'a amélioré à sa façon, en y ajoutant des graines, des herbes, et autres aromates. Et c'est vrai que c'est un régal. Pour Josefina, la copine de Javier, c'est comme un baptème. Boire à la russe, cul-sec. Javier, comme toujours, ne dit pas grand chose, mais ses yeux parlent pour lui. Ils brillent. Nous nous rasseyons, et Ines continue ses histoires. Elle est intarissable, et chaque histoire qu'elle me raconte me donne des frissons sur tout le corps et m'humidifie durablement les yeux. Je dois rentrer... la Russie me manque trop. Elle me fait réellement vibrer. Nous parlons de Tarkowski, des églises et cimetières russes de Paris et sa banlieue, et encore et toujours de Gogol et de saint Petersbourg. Au final, elle me fais un cadeau important: un recueil de poésies qu'elle a écrit en espagnol, traduit en russe sous sa supervision, et mis en page et ornementé de ses mains délicates. Ce livret vaut de l'or, à ses yeux comme aux miens. Elle me demande de porter un toast pour elle quand je serai là-bas. Je dis à Javier: "tu sais ce qu'il te reste à faire... si tu n'as pas compris oú tu dois aller quand tu traverseras l'océan, c'est que vraiment...". Il me réponds "oui. Le Portugal a l'air vraiment attrayant". Nous rions. Ici, dans cette maison, tout n'est que douceur, esprit, légèreté et profondeur. Nous refaisons un tour dans le jardin, pour revoir les perroquets, puis nous quittons la maison. Ines vient avec nous pour profiter de la voiture de Javier. Nous la conduisons plus loin, puis nous séparons.

    Ines, j'ai adoré la rencontre que nous fîmes ici à Tucumán, et jamais ne t'oublierai. Et lorsque je retournerai dans la patrie de Pouchkine, je porterai non pas un mais cent toast à ton honneur.

    C'est une maison blanche...


  • 28/05/2005

    Un peu d'aventure au Paraguay

    Sur la route entre Tucumán et les fameuses chutes d'Iguaçu, il y a un pays. Ce pays est très peu connu, personne, en Europe, ne sait quoique ce soit de lui, pas même sa capitale. Je me devais d'y passer, ne serait-ce que pour en savoir plus.

    Certes, je n'y aurais passé que 24 heures, voire un peu moins. Je ne peux en rien juger ce pays. Mais j'ai pu voir deux villes: Asunción, la capitale, et Ciudad del Este, une ville frontière entre le Paraguay, et le Brésil et l'Argentine, de l'autre côté des fleuves (ici, deux fleuves se rencontrent, le Parana et Iguaçu, et ne forment plus qu'un, qui continue plus au sud, jusqu'à Buenos Aires).

    Hier, j'ai visité le centre ville de la capitale. J'ai eu peur. Les rues sont mal éclairées, désertes, tout est fermé, et les seules personnes qui errent sont des enfants qui fouillent les poubelles ou des jeunes qui zones. Je me suis approché de la balustrade de la place centrale. Je croyais voir le fleuve, j'ai vu une mer... de bidonvilles. Dix mètres sous la place centrale, s'étendent à perte de vue dans l'obscurité des cabanes de planches, et des enfants qui jouent dans la boue. Je n'ai pas vu le fleuve, qui devait passer bien plus loin derrière ces taudis du centre-ville. Je n'ai pas fait long feu, et suis rentré sagement à mon hotel.

    Ce matin, j'ai décidé de ne pas m'attarder à asunción, ne recherchant pas exactement le frisson de l'aventure urbaine dans ces coins là. J'ai trouvé un bus pour Ciudad del Este, qui m'avait été conseillée pour ses marchés typiques. Le bus doit mettre normalement 4h30 - 5 heures pour s'y rendre. Evidemment, il en a mis six, et ne m'a pas conduit jusqu'au terminal même. Le chauffeur de bus a payé un chauffeur de taxi pour qu'il m'emmène à destination finale, au terminal, moi, et une autre femme, ma voisine, avec qui j'avais discuté du Paraguay et de la France tout le trajet. Le taxi dépose la femme, et me propose de m'emmener à un hotel pas cher qu'il connait, pour 5000 guaranis (soit deux tiers d'euro). J'accèpte, méfiant, devinant vaguement le coup foireux.

    En effet, deux blocs plus loin, il s'arrête, et me montre un hotel, dans un quartier, qui, de toute évidence, est un quartier dangereux, tous mes capteurs sont dans le rouge. "C'est là". Je lui dit que nous nous sommes mal compris. Que je pensais qu'il allait m'amener dans un quartier plus central, et un peu mieux. Il me dit que non, c'est là. Je lui dit que cela ne vaut pas 5000 guaranis. Je sors du taxi, un peu énervé, et prends mes affaires. Je vais voir l'hotel. C'est cher. 30000 la nuit. Cela ne me plait pas. Je ressors dans la rue. Le taxi est toujours là et me regarde méchamment.

    Je lui demande ce qu'il veut. Il me demande de le payer. Je lui donne 1000, en lui disant que cela ne vaut pas plus, et qu'il ne fallait pas profiter des touristes comme ça, que ce n'était pas bien. Il me jette le billet de 1000 guaranis à la figure, et se fache. Il me menace en me disant qu'il va prévenir la police. Je lui dit que c'est très bien. Je continue ma route. Un peu plus loin, il y a une sorte d'hotel minable. Je me renseigne sans conviction. L'hotel est plus une sorte de bidonville, avec une cours donnant sur la rue, très sale, et pleine de jeunes jouant au foot et me regardant étrangement. Tout est d'une saleté sans nom. Le taxi est toujours à la même place. Mes capteurs crient tous: NE RESTE PAS ICI. Je finis par obéir à mon instinct. Je dis à l'employé (je ne sais pas quel fils du patron, qui ne sait rien de rien des chambres et de leur prix) que je reviendrai, et marche les deux blocs jusqu'au terminal. Le taxi parle avec un malabar.

    Ma sandale se rompt à ce moment là. J'ai mon énorme sac à dos sur le dos, plus mon sac acheté au Pérou en bandoulière, et une sandale cassée. Sang froid... Je sors une ficelle de ma poche, et attache la sandale, rapidement, sans quitter mon sac à dos. Je suis à vue du taxi. Il ne se passe rien. Mais j'ai le coeur, pourtant un peu égratiné ces temps-ci, qui se remet à marcher du tonnerre. Ca pompe vite et fort la-dedans. Je reprends ma route après ma réparation de fortune. J'arrive au terminal. Il y a un bus qui part pour Foz de Iguaçu, que je crois être en Argentine, de l'autre côté de la frontière. Mais l'aide-chauffeur me préviens: il y a une queue de plusieurs heures pour passer la douane. Je monte dans le bus, en me disant tant pis, je suis mieux dans ce bus que dans la rue, et paye 5500 guaranis. Le bus démarre et commence à rouler. Il passe devant le taxi et son large copain. Je ne sais pas s'ils me voient réellement, mais à ce moment, j'en ai la conviction. J'imagine qu'ils ont repéré le numéro du bus et qu'ils vont le suivre à distance. Lorsque je pause mon sac à dos au fond du bus, près des vitres de derrière, je suis dans un tel état de panique que j'imagine déjà la vitre voler en éclat sous l'effet d'une balle tirée depuis un peu plus loin dans la rue. Je m'assied au fond du bus, transi. Je me dis que je dois quitter cette ville au plus vite. Le bus avance, mais est finalement bloqué rapidement par les embouteillages.

    Que faire? Je suis dans ce bus, et pourrais aller à pieds jusqu'à la frontière, qui n'est pas si loin. Mais je n'ose pas sortir du bus. Finalement, je me raisonne. Il y a une foule de folie partout, le taxi n'oserait rien faire ici. Justement, à pieds, doublant les véhicules, c'est ma seule chance de salut. Evidemment, je peux aller me faire voir pour le remboursement du ticket de bus. Tant pis. Il était écrit que je devais perdre 5000 guaranis. Je sors, et marche, toutes antennes allumées. Je marche le long d'une avenue totalement paralysée, et remplie de vendeurs de tout qui entourent chaque voiture emprisonnée dans ce bourbier pour essayer de leur refourguer n'importe quoi. C'est une ville frontière, sur trois frontières, et cela se sent à tous les niveaux. Les visages des vendeurs sont tous des visages de bandits. comme on dit, ils ont des "sales gueules". Je ne m'attarde pas plus ici. Je passe la douane, et ça se passe miraculeusement bien. Ensuite, j'emprunte le pont, au dessus du Parana. Sur le pont même, j'apprends que de l'autre côté, c'est le Brésil, et non l'Argentine. L'Argentine est plus loin.

    La vue depuis le pont n'en est pas moins impressionnante. Je marche sur le troittoir avec pleins de gens qui marchent dans la même direction. Tous des gens qui travaillent au Paraguay et rentrent chez eux au Brésil. Je n'ose pas sortir mon appareil au début. Finalement, je fais deux photos, rapidement. Je reprends ma route. Un brésilien engage la conversation avec moi. Francés? Oui, comment tu sais? Lafuma sur le sac. Nous parlons. En espagnol, car je ne parle pas portugais. En peu de temps, mes capteurs se remettent au vert. Lui, je le sens bien. Et le danger est maintenant loin, de l'autre côté du fleuve, dans l'anarchie de cette affreuse ville laissée au Paraguay qu'est ciudad del Este. Il me confirme que nous allons au Brésil. Et que l'Argentine est un peu plus loin. Nous arrivons à la douane brésilienne. Il m'accompagne, pour m'aider. C'est vrai que je suis aussi stressé que perdu, même si je passe dans le seizième pays de ce voyage. Il me propose ensuite de me conduire en voiture jusqu'à l'autre frontière, car il habite juste à côté. Le sentant bien, j'accepte. J'ai un moment de doute lorsque nous marchons dans des ruelles inquiétante jusqu'à l'endroit où sa vielle Ford Escort rouge est garée. Mais nous y montons, et roulons dans Foz de Iguaçu. Je suis donc au Brésil!!!! Je trouve cela surréaliste. Il passe acheter des vers de terres, deux douzaines, bien emmélés, pour sa pèche de demain. Je vois ces tas de vers grouiller dans l'échoppe, et je pense à "The Wall". Et aussi à la Russie, car ce genre de scènes surréalistes ne se passent, normalement, que là-bas.

    Finalement, ce gentil brésilien me dépose à la douane brésilienne vers l'Argentine. Il ne part que lorsqu'il s'est assuré que tous mes papiers sont en règle. Nous échangons nos adresses. Il s'appelle Flavio. Une bonne rencontre fait toujours suite à un moment un peu laid. C'est un théorème, et il s'est une fois encore démontré.

    Le reste n'est que routine. Tombée de la nuit, tentative avortée de stop pour éviter d'attendre un bus qui m'a l'air hypothétique, bus, douane argentine, recherche d'hotel à Puerto Iguaçu. D'où j'ecris ce message. Je n'aurais donc passé qu'une heure dans un pays qui fait la moitié de la Russie (ou de l'Amérique du Sud), et n'aurai même pas touché un seul real de ma main (monnaie du Brésil). Ce qui est certain, c'est que j'ai eu un apperçu de ce pays très attrayant. Mais on ne peut ni juger un pays en un jour, ni en une heure. Conclusion, je dois retourner au Paraguay, et au Brésil.

    En attendant, demain, des millions de mètres cube d'eau par seconde vont se déferler devant mes oreilles ébahies et mes yeux assourdis.


  • 14/06/2005

    Un espace violent

    Les chutes d'Iguaçu forment un site naturel exceptionnel. Encore une fois.

    En ce lieu, la nature exprime sa force, sa violence, et sa beauté. Des millions de mètres cubes d'eau s'abattent plusieurs dizaines de mètres plus bas dans un concert d'écumes rebondissants par endroits presque aussi haut que le haut de la chute elle-même. Le tout dans une jungle épaisse et magnifique en soi. Les cascades sont énormes, et nombreuses. Trois grandes parties se partagent les flots du rio Iguaçu, qui rejoint quelques dizaines de kilomètres en aval le rio Paraná, en un lieu appelé les trois frontières (Paraguay, Brésil, Argentine). Chaque partie est composée de nombreuses cascades, larges ou très larges, toujours impressionnantes. Et de toute part, se voit un arc-en-ciel au pied de ces groupes de cascades. Les embrunts projetés par tant de violence aqueuse se dispersent aux quatre vents, et forment ces merveilles prismatiques. Le visiteur aux yeux équarquillés ne reste pas sec longtemps.

    Les photos parleront d'elles-mêmes. Pour l'instant, elles ne sont pas encore traitées (ou développées, car pour l'occasion, j'avais les deux appareils).

    L'Amérique du Sud est immense, extrêmement belle presque partout. Mais il y a certains endroits, comme Machupicchu ou Iguaçu, qui sont encore plus impresionnants, qui, à eux seuls, justifient un voyage depuis Mars pour voir la Terre. Avis aux futurs humains qui naitront là-bas...


  • 14/06/2005

    Buenos Aires et ses bons airs de Tango

    Le voyage en Argentine continue. Etape obligatoire à Buenos Aires, capitale de nombreuses choses. Il est impossible de décrire cette ville sous un regard géantropique en un seul petit message. C'est comme si on voulait résumer la géantropie à Paris, ou au Mexique, en quelques paragraphes.

    J'ai pu découvrir une nouvelle danse. Le Tango. Après un mois de cours à tucumán, dans le Nord Ouest Argentin, j'ai pu le danser à Buenos Aires pour la première fois en public dans une milonga, ces "tangothèques porteñas". Ce fut un plaisir immense. J'écris ce message depuis Bogotá (v. plus loin) où j'ai, dès les premières heures de mon arrivée, samedi 11 juin dernier, pu renouer avec la salsa dans des circonstances exceptionnelles. Ces circonstances, je les dois en partie au Tango, gràce au degré d'exigence que cette danse nécessite, et qui, appliqué à la salsa, plus festive donc a priori moins demandeuse en rigueur, permet une amélioration plus que sensible de la façon de danser. Tout ce que j'apprends dans ce voyage sur la danse en général est formidable. Je découvre entre autre que les recettes d'une danse peuvent s'appliquer à une autre, qui n'a a priori rien à voir. J'affine mes perceptions, j'améliore ma connaissance de l'interaction boisson-danse, et je me dis qu'un essai sur ce thème, à la sauce géantropique, se devra de voir le jour. C'est pour bientôt, je pense.

    Juste deux petites informations supplémentaires:
    - les argentins ne sont pas du tout sectaires, et au contraire, adorent innover. Ainsi, Gotan Project et toute la mouvance de l'électro-tango, et d'autres tangos encore plus expérimentaux sont très écoutés et appréciés par le plus grand nombre. Et ce fut un délice de danser sur Gotan Project dans cette milonga.
    - Buenos Aires, bien que gros port industriel, et malgré l'appellation de ses habitants "porteños", n'a rien d'une ville portuaire. L'espace urbain ignore totalement le fait que le rio/mar del Plata se trouve juste à côté du centre-ville, et ce à tous les niveaux de perception, même gustatifs, car, malheureusement, les produits de la mer sont cruellement absents du décor.


  • 14/06/2005

    Retour à Bogotá

    Souvenez-vous. Lorsque j'ai quitté la Colombie, le 31 janvier dernier, j'ai écrit un message dithyrambique sur la Colombie. Ensuite, continuant mon voyage, et m'émerveillant sur de pléthoriques nouveaux lieux ou nouvelles rencontres, j'ai continué à écrire, et à me réjouir de connaitre aussi l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, et l'Argentine. Mais lorsqu'on me demandait quel avait été jusqu'à présent mon pays préféré, malgré mon coup de foudre pour le Pérou et la Bolivie, malgré les choses si fortes que j'ai vécu en Argentine et au Nicaragua, malgré la force et la folie du Mexique, je continuais à dire: Coloooooombia! Le temps a passé. Je me demandais si je ne disais pas cela plus par inertie qu'autre chose, les souvenirs se faisant chaque jour plus enfouis dans la pile. Le temps a passé, certes.

    Mais me voici de nouveau à Bogotá depuis samedi 11 juin dernier. Pour quelques jours. Et je confirme, écris, persiste, et signe: je suis amoureux de la Colombie. J'ai retrouvé avec extase les fruits fous et infiniement variés et savoureux, la salsa magique, la beauté si colombienne des gens, la beauté de Bogotá, et ce petit plus, cet énorme plus, qui ne s'explique pas, qui se suffit à lui même, cette chose indéfinie, indéfinissable, qui fait que Bogotá fut ma grande ville préférée jusqu'à présent. Peut être l'air de ce lieu, peut être les ondes qu'il émet, peut être celles qu'il reçoit, et avec lui, tous ceux qui y vivent.

    Bogotá... je t'aime,
    merci de m'accueillir et de m'offrir le meilleur de toi-même.


  • 16/06/2005

    Madrid: fin du voyage en Amérique Latine

    Me voici à Madrid. La géantropie continue, il n'y a pas de raison, mais la page Amérique Latine s'arrête ici. Merci à tous de m'avoir suivi.

    Maintenant, un temps certain va s'écouler pour donner le temps à l'équipe d'analyser tout le matériel géantropique accumulé ces onze mois. Les résultats seront ensuite présentés en partie sur ce site, en partie dans une exposition, en espérant qu'elle pourra voir le jour. Nous tenterons également de publier un livre de la géantropie en Amérique Latine.

    Un ultime message viendra ici pour signaler que les photos d'Argentine manquantes (Tucumán, Iguaçu, Buenos Aires) et de Colonia en Uruguay ont enfin été traitées et mises en ligne.


  • 05/07/2005

    Photos Argentine et ultime message

    Ce message devrait être le dernier de ce voyage, donc de cette page.

    Beaucoup de matériel géantropique a été accumulé toute cette année. De longs mois vont maintenant passer pour analyser ce matériel, synthétiser ces analyses et mettre en forme cette synthèse.

    En attendant, voici les dernières séries de photos:
    - Tucuman et le tango
    - Corrientes et Les chûtes d'Iguaçu
    - Buenos Aires et La Plata
    - Colonia, une jolie ville en Uruguay


    Le voyage est terminé, ou plutôt ce voyage en Amérique Latine est terminé. Il va de soi que le retour est un voyage en soi, étant donné que mon regard sur les choses a un peu changé. Des choses anodines avant me sautent maintenant aux yeux, et je ne me formalise plus pour des problèmes qui me paraissaient graves auparavant. Je perçois différemment un espace connu. Les résultats de cette perception n'ont pas leur place dans cette page dédiée à l'Amérique Latine, mais rien ne dit qu'ils ne figureront pas un jour sur ce site.

    Enfin, je tiens à vous remercier de m'avoir lu, soutenu et encouragé toute cette année. J'espère vous avoir fait un peu voyager gràce à mes textes, mes photos et mes dessins, si la chose est possible. J'aurai ainsi la conscience d'avoir été un peu utile à ceux qui sont restés ici.

    F - I - N




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